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La lettre COMB LAB : Transition numérique de la ruralité ou ‘’smart-ruralité’’ ?

Février 2021

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Le plan Petites villes de demain lancé par l’Agence de la cohésion des territoires1 vise à revitaliser les centres-villes par l’amélioration de l’urbanisme et du commerce, par la plantation d’arbres dans les espaces urbains, bref, à renforcer l’attractivité des bourgs en vue d’améliorer la vie sociale et le bien-être des habitants.

Ce plan inclut judicieusement une connexion internet fiable, spécialement pour soutenir l’artisanat et les commerces de proximité face aux plates-formes et aussi pour favoriser le télétravail en milieu rural. Pour autant, quelle pertinence attribuer l’expression ‘’smart-ruralité’’ ?

Cette expression provocatrice placée en titre constitue une mise en garde contre les termes à la mode. On recourt à l’expression smart cities pour nommer une ville connectée et la qualifier de ville intelligente. C’est omettre que la ville médiévale, puis celle de la Renaissance avaient déployé de l’intelligence urbanistique en plaçant en leur centre les lieux d’échanges de biens, de services et d’informations accessibles à tous : place de marché, mairie, église, autres services divers, les denrées alimentaires étant produites à la périphérie immédiate. La proximité des lieux de cultures et d’élevages favorisait des approvisionnements fréquents et peu onéreux en produits frais sans nécessiter le recours à la conservation. 

Une ville ou une ruralité connectées, telles qu’imaginées par les géants de l’internet, revient à automatiser chaque action publique et chaque geste personnel pour rationaliser intégralement le fonctionnement du lieu dont on parle : réglage automatique du chauffage et de l’éclairage au sein des habitations selon l’ensoleillement, réassort programmé du réfrigérateur, le tout sous la vigilance des puces de radio-identification (RFID). La question est alors de savoir qui a la main sur la programmation de l’automatisations des fonctions du quotidien.

Si la technologie de l’internet améliore incontestablement de multiples processus sociaux, il reste que la maîtrise d’un clavier d’ordinateur ou bien l’inégalité des métiers face au télétravail constituent avec la privation des gestes usuels, de nouvelles vulnérabilités.

Il en résulte que l’inclination à la prise de pouvoir par le calcul algorithmique sur la pensée menace lourdement les libertés individuelles par l’externalisation des prises de décisions. Calculer n’est pas penser et tomber dans l’illusion du contraire porte atteinte à la responsabilité et à la dignité. Finalement, libertés individuelles, droits fondamentaux et démocratie sont remis en cause.

La pandémie qui aura bouleversé de bien des manières l’année 2020, montre à quel point ces technologies sont devenus nécessaires. Il est facile de comprendre que la vie publique ne se déroulera selon les principes de la démocratie que si élus, pouvoirs publics, populations, sont informés et éduqués aux technologies. C’est la raison pour laquelle, COMB LAB recommande aux élus de considérer en partenariat avec des experts des technologies et de la santé publique ainsi qu’avec la société civile, les usages, leurs conséquences et les perspectives de développement à moyen terme des technologies mises en jeu par le plan Petites villes de demain. Au surplus conviendra-t-il d’introduire un ensemble de formations initiales à l’utilisation du clavier pour les populations dépourvues de cette compétence. En outre, la prévention face aux logiciels de contrôle en temps réel du télétravailleur (Hubstaff notamment) ne saurait être négligée.

L’association COMB LAB forme le vœu sincère que la pleine réussite en Combrailles du programme de l’Agence de la cohésion des territoires passe par une transition numérique humaniste.

1 https://agence-cohesion-territoires.gouv.fr/petites-villes-de-demain-45

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