mardi, mars 5, 2024

La lettre COMB LAB : L’eau

L’année 2020 laissera au moins deux souvenirs : la pandémie et, une nouvelle sécheresse de juin à septembre. N’est-il pas temps de reconnaître que la Tropicalisation du monde1 est à l’œuvre malgré les dénégations ? Décontenancés par l’incurie des pouvoirs publics à l’égard de la question climato-environnementale, on peut se demander si les pays du Sud sont vraiment les seuls ‘’cancres perpétuels’’2. Rudement dit : l’idée d’une régulation de la ressource ‘’eau’’ en tant que bien commun est-elle définitivement engloutie par les dérégulations du marché et les captures égoïstes ?

Désormais, agriculteurs, maires, industriels cherchent à garantir la permanence de leurs approvisionnements en eau. Pensant bien faire, certains espèrent le salut en construisant des retenues d’eau pour servir l’industrie et la grande agriculture… au risque de perdre 40% de la réserve par évaporation. En Combrailles, agriculteurs, scientifiques, élus locaux et citoyens s’associent pour adapter leur localité aux irrégularités du cycle de l’eau.

Mais la quantité d’eau disponible n’est pas tout. La qualité aussi est en cause. Une étude aussi brillante que pondérée3 pointe l’explosion des micropolluants et la ‘’piteuse’’  qualité des rivières et des nappes4 : « À qui la faute ? Aux citoyens indolents, à leurs représentants politiques locaux soucieux de ne pas augmenter le prix et les taxes de l’eau, aux services publics dotés d’instruments réglementaires du passé sans conséquences judiciaires crédibles, aux agences de l’eau, enfin, qui ont préféré la tranquillité de la voie administrative à celle de l’animation participative de leur comité de bassin, seule chance de faire agir les usagers de l’eau au lieu de se contenter d’enregistrer leurs plaintes. (…) La vraie question démocratique et politique est de redonner aux comités de bassin le pouvoir d’entreprendre dont ils ont été progressivement privés. »

Outre les acteurs cités dans ce texte, les industries d’extraction, de l’emballages et des déchets ainsi que l’agriculture intensive sont aussi sommées d’actualiser leurs pratiques5. De même fera-t-on remarquer ici que le cycle de l’eau n’est pas détachable des cycles de l’azote, du dioxyde de carbone, du soufre, du phosphate, etc.6, bref de l’écosystème global.

D’évidence, l’eau n’est pas une ressource à part, encore moins un produit voué à la spéculation, mais l’essence de la vie et de l’équilibre écosystémique. D’évidence, l’eau est un bien commun fondamentale de l’humanité. L’idée même de sa sortie du régalien laisse pantois !

Aussi, COMB LAB pilote un laboratoire d’idées où scientifiques, agriculteurs, acteurs économiques et élus du territoire travaillent sur l’infiltration de l’eau dans les sols, les herbages, au pied des haies, dans le respect de sa disponibilité pour les zones urbaines de l’aval. L’objectif ? Que toutes les catégories de populations et d’activités en Combrailles jouissent durablement d’un accès équitable à une eau de qualité.

1 Xavier Ticard Lanata La tropicalisation du monde. Préface Gaël Giraud. PUF 2019.

2 Ibid. p. 21

3 Pierre-Frédéric Ténière-Buchot, L’eau à vau-l’eau ? D’une terne rétrospective à une prospective plus éclairée. Revue Futuribles numéro 439, novembre 2020, page 53 et suivantes.

4 Cf. www.eaufrance.fr/la-qualité-des-rivières

5 Voir : Christian Amblard & Arnaud Diemer (sous la direction de) Biodiversité, Agriculture et Services Écosystémiques lire leur introduction commune page 7 et suivantes, sous le titre : Une ère nouvelle… 

6 Ibid Gérard Fonty Les sols : une ressource de vie à préserver absolument. P 223 et suivantes.

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