mardi, mai 28, 2024

La lettre Comb Lab : Design social et récit

Nombreux sont celles et ceux qui haussent un sourcil à la première évocation de l’expression design social. Plus nombreux encore sont celles et ceux jusqu’à qui l’expression n’est pas encore parvenue. Cette locution prend lentement pied dans le langage, souvent en partenariat avec le mot récit. De quoi la survenue de ces trois vocables : design, social et récit, témoigne-t-elle ?

« Design », riche de la double motivation « dessein » et « dessin », énonce le propre de la démarche industrielle où tout se décide au moment du projet, l’ingénieur prenant en charge les fonctionnements, par opposition à l’objet ancien fait à la main où prime la disposition et la forme des organes dans l’espace. »1 Ainsi, le sens de Design s’enracine dans notre représentation de l’industrie de masse, c’est-à-dire production machiniste à très grande échelle.

D’apparition toute récente, le design social vise à produire des « développements sociaux durables » avec le souci explicite de favoriser les capacités d’agir des groupes sociaux marginalisés pour les instituer au rang de parties prenantes. D’évidence, le design social devient un pilier de l’innovation sociale qui affronte la complexité des interactions environnementales, économiques, sociales, technologiques ; les populations s’efforçant de maintenir leurs localités viables, vivables et résilientes au long de ce siècle.

L’innovation sociale durable passe par la construction d’un récit qui énonce un objectif reconnu par l’ensemble du groupe social. Notons que « reconnu par tous » n’est pas synonyme de « consensus » car l’approche pragmatique des situations prime sur le consensus. Alors, le récit commun, coconstruit par les composantes d’une commune ou d’un territoire élargi, devient fil rouge pour la durée de la transition écologique et socioéconomique.

Si la multiplication des designers sociaux et la diversité des récits dont ils facilitent l’élaboration constitue un apport hautement qualitatif à la transition d’une localité, il n’en reste pas moins que la vigilance de toutes les parties prenantes au récit doit rester en éveil. En effet, les travaux des designers sociaux de même que les contributions de la population à l’innovation sociale, sont fils et filles de leur temps. C’est-à-dire que, y compris dans la création de récits et de processus sociaux en vue d’ajuster la société aux conditions climato-environnementales et aux évolutions techniques, les conditionnements psychosociaux dans lesquels nous avons tous évolué, persistent.

C’est ainsi que la plupart d’entre nous, sommes agis en toute chose par nos réflexes d’efficacité, de rationalité, de rentabilité, de productivité, érigés en code moral. Designer la société en cours d’apparition impose de s’en défier, mais… sans les rejeter.

‘’Designer’’ employé ici à l’infinitif, signifie à la fois ‘’dessein’’ et ‘’dessin’’ des processus sociaux vers lesquels nous voulons tendre, et aussi ‘’désignation’’ ou ‘’énonciation’’ de ceux-ci. Comb Lab postule que ce n’est ni avec les concepts ni avec les expressions de la consommation de masse érigée en industrie globalisée et servie par le marketing qu’il convient de penser une société de la coopération et la solidarité, s’inscrivant par sa résilience dans le long processus civilisationnel.

Pour que, profit, croissance, promotion sociale, etc. s’articulent avec agilité, sobriété, biens communs, humanisme, internet éthique, les concepts portés par ces vocables doivent tous être fondamentalement revisités car l’indolence pour le climat et l’environnement ainsi que la paresse épistémologique à l’endroit des techniques appartiennent désormais au passé.

Soucieux de garder une pleine vigilance quant aux menaces qui pèsent sur la démocratie locale en période de mutation et mobilisés par la volonté de coconstruire, avec la diversité de la population la société du XXI° siècle, Comb Lab et nos partenaires, intégrons les compétences des designers sociaux dans nos travaux théoriques et nos ateliers citoyens.

Les transformations s’opèrent dans le dos de la conscience.

Hegel (1770 – 1831)

1 Dictionnaire historique de la langue française. Paris Le Robert ; édition 1999.

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