La lettre Comb Lab : Changements globaux ; enjeux locaux

De nouvelles problématiques prennent progressivement place dans nos vies quotidiennes : sécurité et surveillance contre libertés individuelles. Ou bien encore : identité contre solidarités, puissance contre démocratie. Le repli de l’État providence et la difficulté croissante à interpréter les à-coups de la scène géopolitique attestent d’un changement d’époque tout à fait précipité que peu ont anticipé avec justesse.

Ces basculements politiques se déroulent au milieu d’inondations dévastatrices, de grands feux, de sécheresses persistantes, de pollution des eaux de baignade, de fonte des glaciers et de recul des traits de côtes. Aujourd’hui les climatosceptiques usent de mauvaise foi, dernière stratégie disponible pour nier les causes réelles de ces événements.
Vus le durcissement du cadre politique et l’intensification des aléas météorologiques, nous pouvons affirmer que le changement du monde est bel et bien engagé. Cette affirmation choquait il y a seulement trois ans. Aujourd’hui, l’irréversibilité du changement des conditions environnementales et, par voie de conséquence, la violence de la course à l’appropriation des ressources sous-marines et conservées sous le permafrost en régression, ne fait qu’aggraver le problème. Mais soyons réalistes, le virage vers une réelle transition écologique à très grande échelle s’avèrerait-il moins nocif pour l’environnement ? Cela reste à voir… En tout cas, poursuivre la prédation ne fait que sceller l’irréversibilité de l’éloignement des sociétés humaines par rapport aux conditions environnementales favorables à leur déploiement.
Une fois ce panorama posé, la question devient : comment décliner ces bouleversements de grande ampleur en enjeux pour les territoires ruraux ? Car il faut bien continuer à vivre selon les standards actuels pour que les entreprises et l’artisanat de proximité fonctionnent, pour que les calendriers électoraux soient respectés, que les services médicaux accomplissent leur mission, etc.
Qui fréquente les librairies aura constaté la profusion de livres traitant, disons-le de façon générique, de la fin d’un monde. Parmi beaucoup d’auteurs produisant des ouvrages de grande qualité, nous nous proposons ici de mettre en perspective les travaux de quatre chercheurs qui permettent à leurs lecteurs d’introduire un salutaire décalage pour porter un regard plus ajusté sur la contemporanéité.

En publiant au tout début de l’année 2025 chez Flammarion Le monde confisqué, Essai sur le capitalisme de la finitude (XVI° – XXI° siècle), l’économiste Arnaud Orain développe la thèse selon laquelle le capitalisme libéral initié dans l’ère moderne, s’est déployé de 1815 à 2010, avec d’inévitables périodes de repli, par exemple lors des guerres. L’auteur situe en 2010 le passage du capitalisme libéral au « capitalisme de la finitude ». Il pose que, prenant en compte la finitude du monde donc du stock de ressources primaires, « ce capitalisme de la finitude est une vaste entreprise navale et territoriale de monopolisation d’actifs – terres, mines, zones maritimes, personnes esclavagisées, entrepôts, câbles sous-marins, données numériques – menée par des États-nations et des compagnies publiques ou privées afin de générer un revenu rentier hors du principe concurrentiel. »
Et de préciser que dans ce nouvel ordre où seuls quelques empires peuvent prendre pied, « l’idée de croissance globale des richesses ne fait pas sens, les promesses d’expansion des années 1990 s’étant fracassées sur les limites écologiques de la planète. »
La compréhension des discours tenus par Trump, Vance et Miran le conseiller aux finances auprès du président, s’éclaircit soudain. Dans une certaine mesure, celle du discours de Poutine à la conférence de Munich en 2007 aussi. De fait, la puissance conçue comme sous-bassement de l’édifice « capitalisme de la finitude » s’oppose à abondance et à démocratie. L’avenir justifiera ou contredira cette analyse. Toutefois, Pierre Legendre en 2016 avec Ce que l’Occident ne voit pas de l’Occident, Xavier Ricard Lanata en publiant La tropicalisation du monde en 2019 et enfin Kishore Mahbubani avec L’Occident s’est-il perdu, Une provocation, publié en 2019 avaient, chacun à sa façon, annoncé cette bascule.
Nos travaux de collecte et d’articulation entre elles de toutes ces informations nous amènent à poser une question prégnante d’actualité tant pour les Combrailles que pour toutes les localités dotées elles aussi d’une identité territoriale :
- Comment décliner à l’échelle des localités ce cocktail que nous analysons dans nos lettres successives : changement climatique et perte de la biodiversité, diffusion de l’intelligence artificielle (IA) et sortie de la Déclaration universelle des droits humains du 10 décembre 1948 ?

Nous soutenons que la première urgence consiste à populariser les informations factuelles sur le changement climatique, les modalités d’utilisation de l’IA de sorte à ne pas s’y laisser asservir et les analyses érudites sur la conduite du monde. Ce, afin que le plus possible de personnes affinent leur regard sur les évolutions contemporaines et puissent, par suite, réfléchir au fait qu’il faut préparer une nouvelle sorte d’avenir. En effet, si aujourd’hui il est plus que difficile de peser sur les dispositions que prennent les puissances publiques et privées qui nous dépassent, un jour ou l’autre des brèches lézarderont ces politiques de fuite en avant pour les mieux nantis. Alors les travaux obstinés réalisés en archipel à travers la planète par une multitude d’îlots d’intelligence citoyenne, révéleront tout leur potentiel dans un monde… forcément endommagé.
Initions un îlot d’intelligence citoyenne en Combrailles en faisant un premier pas le samedi 13 septembre à Saint Georges de Mons au Festival des possibles organisé par la Communauté de communes Combrailles Sioule et Morge. Comb Lab et le Centre d’innovation sociale Clermont Auvergne (Cisca) organisent, dans le cadre de la recherche action participative menée conjointement par les deux organisations, une séance de jeu sérieux permettant aux participants d’une part de formaliser leur représentation du territoire des Combrailles et, d’autre part, de rendre manifestes les tensions, débats et compromis qui permettent le fonctionnement de la démocratie de proximité à l’échelle d’une localité. Quelques semaines plus tard, c’est le jeu de territoire que nous animerons. Il permettra à la diversité des participants de manifester ce qu’ils attendent du territoire à cinq ou dix ans en fonction de ce que les uns et les autres perçoivent comme besoins, vulnérabilités et autres enjeux pour ce court terme.
N’hésitez pas à vous inscrire pour ces séances de jeux sérieux. Toutes les informations préalables vous seront adressées par retour.
Bonne rentrée à chacune et chacun !
Cliquez sur l’image ci-dessous pour vous inscrire


Bonjour, merci pour toute votre démarche que je suis de trop loin pour l’instant mais que je trouve remarquable et pertinente à l’échelle de notre territoire… Et je l’espère une parmi tant d’autres au niveau national et même au delà.
Merci et bon courage à toute l’équipe !
Merci pour votre travail si précis, documenté et rigoureux !
et aussi pour votre ténacité en ces temps mouvementés
j’ai observé la difficulté à faire entrer les visiteurs dans le jeu sérieux.
peut-être une étape a manquée : celle d’une conférence sur les jeux sérieux :
– qu’est-ce que c’est ?
– pourquoi c’est intéressant
– comment les rendre amusants
– comment former un public averti et avide de ce type de jeu
– comment cela aide à faire société et à préparer une population pour la construction d’un avenir