dimanche, juillet 21, 2024

La lettre COMB LAB : Les Combrailles ; quel territoire au XXI° siècle ?

Étang de Chancelade

Le nom Combrailles, désigne le nord-ouest du Puy-de-Dôme administré par trois communautés de communes. Une veine houillère en sous-sol, les Gorges de la Sioule qui entaillent les plateaux granitiques, font l’homogénéité des Combrailles. Un riche puzzle de zones humides, d’étendues, de lieux, de secteurs, de places et d’endroits nuance la surface de ce territoire.

Depuis 1756 territoire désigne « une étendue de terrain sur laquelle est établie une collectivité relevant d’une juridiction1 ». Niché au cœur d’une riche galaxie sémantique— surface, terroir, espace, étendue, zone, lieu, milieu, endroit, localité, aire, pays, ailleurs, situation, place — le concept de territoire, lui-même en pleine évolution, jouxte les concepts d’identité et de lieu

Territoire. Dans la mondialisation, la population combrailloise vit sur le territoire décrit plus haut et, simultanément, vit d’un territoire beaucoup plus vaste. En effet, les produits de consommation proviennent du local et d’horizons lointains. Les services de proximité, se combinent à ceux proposés sur internet qui sont conçus, réalisés et facturés loin des Combrailles. De même, les acteurs du territoire commercialisent services et produits locaux vers le lointain. Au territoire local qui répond à une aire géographie repérable se superpose le territoire de subsistance2 ; c’est-à-dire l’ensemble des lieux avec lesquels chacun est en interaction pour acheter, vendre, s’informer, etc.

Identité. La superposition du territoire où l’on vit avec le territoire dont on vit, plus l’effet amplificateur d’internet et la diversification des populations rurales dispersent « la possession en commun d’un riche legs de souvenirs (et anéantissent) la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis »3 ; d’où la destitution des territoires locaux de leur rôle de faiseur d’identité.

Lieu. Marc Augé (1992)4 introduit le concept de non-lieu : « l’aéroport, l’autoroute, les grandes surfaces sont des territoires de la surmodernité où l’on circule silencieusement, dans l’anonymat. Tout est organisé en vue d’un objectif précis : acheter. Lieux où la solitude et la similitude se substituent à l’identité et à la relation.»5

Puis, Michel Lussault (2017)6 qualifie d’hyper-lieu une surface citadine restreinte, hyperconnectée au monde, accueillant une concentration d’activités, d’informations, de savoirs et de population. Agile, l’hyper-lieu interagit aux échelles locale, régionale, nationale, mondiale et les gens y vivent une expérience. Outre cet hyper-lieu creuset de la contemporanéité, l’auteur conceptualise le contre-lieu où la mondialisation et ses effets sont contestés et le néo-lieu se présentant comme une volonté de valoriser l’ancrage à l’échelon local.

Alors, entre hyper-lieux et non-lieux, partiellement à l’abri des ‘’méfaits des métropoles’’ (Faburel7 2019), quel territoire seront les Combrailles au XXI° siècle ? COMB LAB porte la plus grande attention à l’acception moderne d’écoumène qu’Augustin Berque définit ainsi : « l’écoumène est une relation : la relation à la fois écologique, technique et symbolique de l’humanité à l’étendue terre »8. Berque élargit son étude avec le concept de géographicité qui inclut dans la relation de l’humain à son milieu la sociabilité et la technicité.

Pont de Menat

Interdisciplinaires par nature, les travaux de COMB LAB font place aussi à la science de la zone critique qui regroupe les processus de surface de la Terre (évolution du paysage, l’hydrologie, la géochimie et l’écologie) à plusieurs échelles spatiales et temporelles et prend également en compte des facteurs anthropiques.

En conclusion, Conscients qu’un territoire est désormais une localité riche de ses relations interindividuelles, une mosaïque d’espaces physiques dont on vit, un espace de circulation d’informations et d’échanges en tous genres, COMB LAB et ses partenaires inaugurent avec le programme Combrailles 2051® une dynamique ouverte aux acteurs du territoire, aux habitants et plus largement à tous les citoyens et corps intermédiaires en interaction avec les élus du territoire.

L’exercice responsable de l’initiative citoyenne – accompagnée par les élus du territoire – apparaît à la fois comme une alternative et un complément crédibles aux hyper-lieux et non-lieux. Exercice des responsabilités de tous et chacun comme moyen de faire des Combrailles du XXIe siècle un territoire ouvert sur le monde, où la relation humain / territoire est un processus de développement mutuel permanent.

On ne résout pas un problème dans les termes avec lesquels il est posé.

Albert Einstein

1 Dictionnaire historique de la langue française. Le Robert 1999.

2 Territoire de subsistance développé par Bruno Latour 2017.

3 Ernest Renan Qu’est-ce qu’une nation ? Calmann-Lévy 1882 ; rééd. Flammarion 2011. Extrait cité par Bernard Quelquejeu dans Revue Diasporiques n° 52 janvier 2021, page 13.

4 Marc Augé, Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité, Seuil 1992.

5 Extrait du compte-rendu de Marc Abéiès publié sur le site de Persée.

6 Michel Lussault, Hyper-lieux. Les nouvelles géographies politiques de la mondialisation, Paris Seuil, coll. « La couleur des idées », 2017 — Source de la citation : https://journals.openedition.org/lectures/23293

7 Guillaume Faburel Les métropoles barbares. Ed. Le passager clandestin 2019.

8 Augustin Berque Écoumène, Introduction à l’étude des milieux humains. Belin 2016. P. 17